Deux jours après les funérailles dans l'intimité de la petite Nathalie Mahy, la Belgique a rendu lundi un dernier hommage à Stacy Lemmens, l'autre fillette retrouvée assassinée à Liège la semaine dernière.
L'église Sainte-Foy, où a été célébré l'office catholique, est située dans le quartier liégeois de Saint-Léonard, à environ 500 mètres de l'endroit où Stacy, 7 ans, et Nathalie, 10 ans, avaient disparu dans la nuit du 9 au 10 juin.
Les deux fillettes, qui vivaient dans une famille recomposée, avaient disparu à l'issue d'une braderie où elles avaient accompagné la mère de Nathalie et le père de Stacy. Elles ont été retrouvées mortes non loin de là le 28 juin. Les autopsies ont montré qu'elles avaient été étranglées, et Nathalie violée.
Comme pour les funérailles en août 1996 de Julie et Melissa, deux autres petites Liégeoises que le pédophile belge Marc Dutroux avaient laissé mourir de faim à Charleroi, la cérémonie de lundi a été retransmise en direct sur les chaînes de télévision belges.
La famille de Stacy, des représentants des autorités et des habitants de ce quartier populaire, en tout environ 250 personnes, se sont rassemblés vers 11H00 dans l'église Sainte-Foy. Sur le parking d'une école toute proche, un écran géant a permis à environ 500 anonymes de suivre la cérémonie.
Dans l'église, au premier rang, face au petit cercueil blanc recouvert de fleurs et de peluches où reposait la fillette, la famille du père et celle de la mère de Stacy, séparés par la vie, étaient unies pour dire adieu à la fillette.
"J'espère que tu es bien là-haut avec Nathalie et les autres", ont déclaré deux petites camarades d'école de Stacy durant une cérémonie très classique, illustrée par les chants d'une chorale d'enfants.
Vers midi, une dizaine de motards, amis du père de Stacy, ont escorté le corbillard chargé de fleurs blanches vers le cimetière de Paifve, à l'extérieur de la ville, où Stacy a été inhumée dans l'intimité, au côté de sa grand-mère.
"C'est toute une ville qui tente de les accompagner", a déclaré après la cérémonie le vice-premier ministre Didier Reynders, qui habite le quartier Saint-Léonard.
"Les Liégeois attendent que justice soit faite", a de son côté expliqué le bourgmestre de la ville, Willy Demeyer.
Un suspect, Abdellah Ait Oud, un Marocain de 38 ans présent à la braderie où les deux fillettes avaient disparu, a été inculpé dès le 13 juin pour enlèvement et emprisonné.
Déjà condamné dans le passé pour des viols sur mineures, il nie être mêlé à l'assassinat des fillettes. Il devrait être réentendu cette semaine et être inculpé pour viol et assassinat.
La justice attend également pour cette semaine les résultats d'analyses scientifiques sur des échantillons prélevés sur les fillettes qui permettront peut-être de dire si Abdellah Ait Oud a été en contact avec elles.
Si les Belges s'accordent pour dire que la justice et la police ont cette fois fait le maximum pour retrouver les fillettes, tirant les leçons du fiasco de l'affaire Dutroux, une polémique concernant les conditions de la remise en liberté d'Abdellah Ait Oud a tout de même vu le jour.
Interné dans un institut psychiatrique en 2001 après le viol très violent d'une adolescente, l'homme a été jugé sain d'esprit 4 ans plus tard et remis en liberté fin 2005, sans être soumis à un accompagnement médical ou judiciaire.
"Nous devons faire en sorte que ce qui est arrivé ne se produise plus, il faut effectivement apporter des réponses et modifier un certain nombre de législations", a reconnu le ministre wallon de l'Economie, Jean-Claude Marcourt à sa sortie des funérailles de Stacy, faisant écho à des propos similaires du Premier ministre belge Guy Verhofstadt.
Comme pour les victimes de Marc Dutroux, la Belgique a réservé des funérailles quasiment nationales à la petite Stacy Lemmens, dont le corps a été trouvé la semaine dernière aux côtés de celui de son amie Nathalie.
Corbillard, fleurs, vêtements des enfants et cercueil blancs, cérémonie religieuse retransmise à la télévision, écran géant pour ceux qui n'avaient pas pu trouver place dans l'église: le pays a renoué avec l'émotion d'il y a dix ans.
"On voulait que tu viennes en deuxième année avec nous", ont déclaré pendant la messe les camarades de classe de Stacy, 7 ans, qui a été étranglée mais pas violée selon l'autopsie. "Tu ne seras pas dans la classe mais tu seras dans notre coeur."
Alors que Nathalie, 10 ans, qui a été étranglée et violée, a été enterrée dans la plus grande discrétion samedi dernier, les parents de la plus jeune des fillettes assassinées ont voulu une cérémonie publique et étonnante à bien des égards.
Des chansons, notamment de Michel Sardou - "Tu seras une femme, ma fille" - ainsi que "Les roses blanches" ont retenti dans la petite église de Sainte-Foix, à Liège, à quelques centaines de mètres de l'endroit où ont disparu les fillettes.
Stacy et Nathalie, qui jouaient dans la rue alors que leurs parents étaient attablés dans un café pour célébrer la "braderie" locale, ont disparu le 10 juin et leurs corps n'ont été découverts dans un collecteur d'eaux usées situé le long d'une voie de chemin de fer que le 28 juin.
La classe politique belge était représentée en masse à la cérémonie, derrière les parents des enfants, et le curé a laissé échapper une certaine colère avant d'énumérer les noms des enfants découverts en 1996 dans les jardins de Marc Dutroux, un violeur d'enfants condamné en 2004 à la prison à vie.
A l'époque, l'incurie de la justice et de la police belges, qui n'avaient pas arrêté Dutroux alors que tous les indices l'accusaient, avaient provoqué une "marche blanche" de plus de 300.000 personnes dans les rues de Bruxelles, une couleur qui est à nouveau largement utilisée pour marquer les esprits.
UN SEUL SUSPECT
"Pourquoi Dieu tolère-t-il pareille horreur, pourquoi laisse-t-il faire?", a demandé le prêtre dans son sermon.
"Père, nous ne comprenons pas toujours grand-chose à ta manière d'aimer", a-t-il ajouté avant d'espérer que le "Dieu d'amour soit plus fort que cette mort qui nous frappe".
Selon la justice belge, Nathalie et Stacy ont été étranglées le jour de leur rapt ou en tout cas très rapidement après.
Les enquêteurs attendent la transmission, cette semaine, des résultats des tests ADN et des analyses qui permettront de déterminer la date exacte de la mort.
L'enquête sur l'assassinat des deux fillettes se concentre sur un seul suspect, Abdallah Aït Oud, un Belge de 38 ans d'origine marocaine qui a déjà été condamné à deux reprises pour viols d'enfants avant de sortir libre début 2006.
Un nombre impressionnant d'indices accablent cet homme qui continue à nier toute implication dans ces assassinats.
Aït Oud, qui vit à quelques mètres du bar "Les "Armuriers" où étaient attablés les parents de Stacy et Nathalie, se trouvait dans cet établissement dans la nuit du 9 au 10 juin et a quitté les lieux en même temps qu'elles disparaissaient.
Le talus où les corps des fillettes ont été retrouvées est situé à quelques centaines de mètres de son domicile.
Le suspect s'est présenté quatre jours après les faits à la police en affirmant qu'il ne se savait pas recherché par les autorités, une information totalement démentie par son amie.
L'homme s'était rasé les cheveux et portait de nombreuses traces d'égratignures et d'éraflures qui pourraient avoir été causées par les ronces présentes sur le talus du chemin de fer.
Ses antécédents judiciaires sont également très lourds.
Aït Oud, qui vit de l'assistance sociale, a été condamné en 1994 pour des viols répétés sur sa nièce de 14 ans qui ont commencé lorsque la petite fille n'avait que six ans, et pour l'enlèvement et le viol d'une fillette de 14 ans en 2001.
REPOSE EN PAIX PETITE ANGE.